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Notre vision : le point de vue de Solinnen sur la pratique des Analyses du Cycle de Vie (ACV)

La pratique de l'ACV est riche. Philippe Osset, l'un des associés de Solinnen, y a consacré, avec Laurent Grisel, un ouvrage entier ! Solinnen présente ici ses visions concernant cette pratique, sa posture et ses partis pris qui l'aident à rendre au mieux ses services.

Voici quelques questions pour commencer

Avant de commencer, nous souhaitons vous poser quelques questions que vous vous êtes peut-être déjà posées : 1. Quel est le meilleur isolant : la laine de mouton ou la laine de verre ? 2. Quel est le meilleur emballage : le plastique ou le verre ? 3. En fin de vie des produits, vaut-il mieux régénérer ou incinérer un déchet ? D'autres questions plus simples peuvent être aussi évoquées : 4. Comment éco-concevoir mon fromage ? 5. La communication environnementale sur la "pile à eau" est-elle crédible ?

Certains ont tendance à répondre intuitivement... Prenez quelques secondes pour y réfléchir...

Avec de la maturité environnementale, vous vous poserez certaines questions, comme par exemple : 1. Dans quelle application sera utilisé l'isolant : thermique ou bruit ? et pendant combien de temps ? La bonne question n'est-elle pas plutôt "quelle performance doit atteindre mon isolant ?" Quel produit sera emballé ? 2. Le matériau suffit-il à caractériser un emballage ? Les emballages en plastique et en verre peuvent-il rendre un service aussi efficace pour le produit emballé ? A quelle distance du lieu de production sera vendu mon produit emballé ? Quelle est la fin de vie du plastique et du verre dans le pays où le produit est distribué ? 3. Y a-t-il des filières d'utilisation proches pour les matériaux qui seront régénérés ? L'incinération a-t-elle une valorisation énergétique ? Quels sont le PCI (Pouvoir Calorifique Inférieur) et le taux d'humidité du déchet ? L'incinérateur est-il saturé ? 4. A quelle étape du cycle de vie dois-je travailler ? Qui doit être impliqué dans le processus de conception ? Faut-il plutôt s'intéresser au couple produit/emballage ? 5. Qu'ai-je appris sur le rôle de l'eau dans une pile à l'école ?

La pratique de l'ACV apporte des éléments de réponse aux premières questions : le praticien se posera les questions supplémentaires, dont dépendront étroitement les réponses aux premières questions. La pratique des ACV cherche à apporter des réponses à des questions environnementales en apparence "simples", et pose le problème de façon suffisamment précise pour que la réponse soit robuste.

Définitions et premiers concepts

Le praticien d'ACV réalise quelques constatations de base :

L'ACV :

L'ACV est ainsi une pratique pertinente, adaptée à certains besoins urgents de notre société. Des enjeux majeurs de notre temps sont pris en compte dans les approches d'ACV : la raréfaction des ressources (énergie, eau, minerais métalliques) et l'augmentation de leur coût, les effets environnementaux globaux (dont, bien sûr, l'effet de serre, mais aussi la destruction de l'ozone stratosphérique ou encore l'acidification atmosphérique dont les politiques ont réussi, par leur détermination et la réglementation qui a été mise en place, à réduire l'ampleur) et même une approche concernant les effets locaux (comme la toxicité).

Les mesures, bases de données, méthodes, expertises et réglementations ... se développent ! Elles motivent et rendent faisable la pratique de l'ACV. Les séries de normes ISO 14040 et ISO 14020 encadrent la pratique, en l'inscrivant dans un contexte balisé, incluant les revues par des tierces parties, et crédibilise cette pratique en la rendant reproductible.

Est-ce que chaque entreprise doit "faire son ACV" ?

La réponse que vous attendez de Solinnen est sans doute "OUI !"... Et pourtant... la pratique de l'ACV n'est pas aujourd'hui un but en soi ! C'est surtout une méthode utile pour fournir de nombreux services, comme vous pourrez le voir sur les autres pages de notre site Web. Cette pratique est justifiée en entreprise à chaque étape du cycle de vie commercial du produit : sa conception, son développement, sa mise sur le marché, sa vie, et sa fin de vie. Dans ce sens, la pratique doit s'insérer dans la stratégie de l'entreprise, comme l'ont compris déjà aujourd'hui de nombreux grands groupes. La pratique ACV de tous les jours n'est pas limitée au "responsable environnement" de l'entreprise. De nombreux acteurs de l'entreprise ont besoin de cette pratique pour prendre, au jour le jour, les bonnes décisions associées à leur métier : corporate, marketing, R&D, conception, achats, communication, DSI, juristes... Au final, les entreprises ne doivent pas "faire leur ACV", mais intégrer la pratique de l'ACV, et plus généralement la "réflexion cycle de vie", dans leur mode de travail et dans leurs compétences de base, comme l'est la règle de trois.

Les applications des ACV sont très utile aux entreprises, au domaine de l'éducation, aux pouvoirs publics et au grand public. Elles permettent d'assister la prise de décision. Il faut faire attention à adapter la pratique aux besoins : il n'y a plusieurs façons de réaliser une étude utilisant la méthodologie des ACV concernant un "yaourt", selon son objectif : donner un cours en école, ou identifier les meilleurs sites de production, ou encore éco-concevoir le produit, ou enfin communiquer sa performance environnementale. Naturellement, une étude environnementale très approfondie du "yaourt" autorisera éventuellement de "tout" faire, i.e. de répondre à tous les objectifs listés, mais cette étude sera longue et coûteuse, demandant un gros travail de collecte et d'analyse. Ce n'est pas très pragmatique, et souvent Solinnen vous proposera de cadrer vos objectifs au plus juste pour limiter son travail et ses coûts au minimum, et réduire les délais et la complexité de l'étude - répondant ainsi au mieux à vos besoins dans un budget raisonnable. Solinnen met ainsi vos enjeux au centre de ses travaux, et vous fournit une étude qui y répond, plutôt que de produire un travail "dans l'absolu" et ensuite identifier avec vous à quoi ce travail pourra servir !

"Complexité, vous avez dit complexité ?"

Certains disent que la pratique de l'ACV est "coûteuse et complexe" et qu'il faut des méthodes "simples, et si possible gratuites" pour prendre les décisions au niveau de l'entreprise (comme si, par exemple, un indicateur financier unique suffisait à assurer la prise de décision dans l'entreprise). A titre de premier exemple, il faudrait qu'un seul indicateur, par exemple le CO2 ou alors un indicateur agrégé, puisse permettre de prendre les décisions, plutôt que de présenter des informations multiples (dites "multicritères"). Comme second exemple de simplification, il faudrait se passer des recommandations la série de normes ISO 14040 pour réaliser certains choix, et en faire d'autres qui ne sont pas dans la norme... in fine, certains disent ne pas pratiquer les ACV, mais utiliseraient une méthode ("leur" méthode) d'ACV simplifiée.

Ceux qui ont commencé la pratique des ACV fondée sur la série ISO 14040, et sont allés au bout d'une première étude savent l'utilité des normes en la matière pour les guider dans leurs choix et dans leurs travaux. Ils savent aussi le temps que cela leur prend pour appliquer correctement ces normes. De ce fait, certains voudraient gagner du temps, et ne pas les appliquer... S'ils sont chanceux, les conclusions qu'ils vont trouver seront justes. Mais de façon plus certaine, leurs conclusions seront fausses, et de ce fait attaquables s'ils les communiquent, mettant leur entreprise dans une situation parfois plus qu'inconfortable, soit parce qu'elle a perdu de l'argent lors d'un investissement qui in fine n'apporte pas de bénéfice environnemental, soit parce qu'un concurrent les emmène au tribunal de commerce ! [exemples tirés de situations réelles]. Un dernier point concerne ceux qui souhaitent "volontairement" faire des choix opposés à ceux qu'auraient recommandés la norme parce que ces choix les arrangent. Cela tente certains... mais le risque est le même : vues les compétences des tiers qui liront et commenteront l'étude, ils peuvent mettre leur entreprise dans une situation très inconfortable !

La note unique CO2, même si elle est "compréhensible" car les ordres de grandeur commencent à "entrer dans les têtes", est très peu efficace pour la prise de décisions environnementales à coup sûr pertinentes, car les mesures qui visent à réduire les émissions dans l'air de gaz à effet de serre n'ont souvent pas d'influence positive sur la consommation d'eau ou encore sur la consommation de ressources non-énergétiques, ou même sur la toxicité des déchets produits... Elle est donc souvent très insuffisante pour prendre l'ensemble des décisions environnementales nécessaires pour pérenniser une activité aujourd'hui ! En fait, elle a même de grandes chances de conduire à des transferts de pollution où, non seulement les autres impacts ne réduiront pas, mais au contraire augmenteront ! [exemple tiré de situations réelles].

Des méthodes d'analyses et de décision par note unique, fondées sur d'autres flux que le CO2, se sont aussi développées dans le passé (ex. approche énergétique), et même encore récemment (ex. empreinte eau). Elle présentent chacune au moins un problème similaire, à savoir entraîner un risque de transfert de pollution. Elles se développent car certains experts souhaitent se focaliser sur un aspect environnemental, puisqu'ils développent une très forte expertise à son sujet, et savent l'impact environnemental qui y est associé. Ils en viennent finalement à décliner la norme ISO 14040 à leur aspect environnemental... Leurs travaux apportent des analyses techniques fines utiles aux praticiens (ex. origines du flux, analyse détaillée de ce qu'est le flux en question et de ses effets...). Pour en bénéficier, ils doivent être intégrés dans la perspective globale de l'ensemble des impacts environnementaux caractéristiques des produits et services étudiés, au moyen de l'approche globale d'ACV multicritères - comme le sont les facteurs de pondération permettant de calculer les impacts environnementaux.

Une note unique couvrant des impacts sur différents milieux (ressources, air, eau, sol) est plus utile qu'une approche mono-critère... Elle somme ces impacts environnementaux en les pondérant. De ce fait, si la valeur de cette note unique est réduite par des décisions spécifiques, certains croiront que le transfert potentiel de pollution est maîtrisé. Il y a cependant un souci technique qui est lié à la détermination des coefficients de pondération : ces coefficients permettent d'agréger des impacts n'ayant aucun lien a priori entre eux : sommer l'eutrophisation, en g eq. phosphates, l'acidification atmosphérique, en g eq. H+, et l'effet de serre, en g eq. CO2, nécessite de prendre en compte des facteurs de normalisation (permettant de se ramener à des grandeurs sans unité), puis de faire des choix politiques qui vont permettre cette somme en déterminant les poids relatifs entre les impacts environnementaux. Les facteurs de normalisation sont très approximatifs, parfois fondés sur des approximations importantes, et les choix politiques de pondération dépendent de la situation de celui qui les fait, dans la mesure où ils dépendent de la situation environnementale du pays, ou de la région, concerné (moins une région aura d'eau disponible, plus les coefficients de pondération concernant les impacts "eau" seront importants pour faire peser cet impact dans le total et orienter les décisions vers une réduction de la consommation d'eau). Enfin, les impacts environnementaux ne prennent pas en compte tous les flux des inventaires, certains passant de ce fait "à la trappe" lors d'une analyse fondée sur une note unique. De ce fait, l'agrégat est douteux : un transfert de pollution, avec des impacts certains, pourra passer inaperçu. De plus, cette approche ne simplifie en rien l'amont de l'étude, puisqu'elle intervient à la fin des calculs... Elle suppose que l'approche multicritères est trop compliquée... alors que chaque acheteur d'ordinateur, de voiture, d'appartement... sait parfaitement décider dans une situation multicritères, à chaque fois. Enfin, l'analyse en note unique perd beaucoup de valeur ajoutée potentielle de l'étude d'ACV pour celui qui la commandite (au moins), puisqu'elle perd l'analyse fine des résultats de chaque aspect environnemental.

Solinnen recommande donc d'utiliser la norme et de travailler d'abord en multicritères. Ce n'est pas si compliqué avec de la pratique ! Nous préférons parler d'ACV adaptée (aux besoins) plutôt que "d'ACV simplifiée"... nos ACV sont toujours adaptées aux besoins, et respectent la norme !!! De ce fait, ils sont toujours simplifiés le plus possible, en fonction de ces besoins. Il arrive qu'une communication multicritères soit compréhensible... encore faut-il y avoir travaillé dans cet objectif, par le choix des formats, des unités... et la fourniture des ordres de grandeur adaptés.

Il reste cependant que la pratique fiable de l'ACV, servant à répondre à des questions telles que celles énoncées dans l'introduction plus haut, n'est pas innée, ni même à la portée d'un CM2 ! Les techniques physique, chimique et mathématique nécessaires sont du niveau d'une terminale scientifique. La pratique demande de la concentration, l'application de compétences inductives et déductives, et de la logique (comme aux échecs !). La démarche est itérative, nécessitant de revenir sans cesse sur les hypothèses et les choix déjà réalisés afin d'être sûr de répondre aux objectifs : il faut savoir être assidu au travail. L'ACV apporte assez souvent des réponses contraires aux intuitions, elle demande de la rigueur dans les chiffres et les données utilisées, et demande de réaliser des calculs nombreux, même s'ils sont simples. L'application correcte de la norme demande de l'expertise... Utiliser correctement la méthodologie des ACV pour en tirer des conclusions environnementales pertinentes est "un vrai métier" ! Dans cette matière, il ne faut donc pas croire qu'il est possible d'être pertinent dans sa compréhension et dans ses interprétations sans effort, et qu'un collaborateur, même très compétent, pourra s'approprier ces compétences en quelques soirs entre 18h30 et 19h00...

Le champ des ACV

Les praticiens des ACV évoluent dans un écosystème impliquant les chercheurs (ex. projets de recherche Ecotech de l'ANR intégrant une dimension environnementale produit), les Pouvoir Publics (ex. intégration dans la réglementation produits et services, la fourniture de financements, règles de taxation...), les consultants, les Entreprises, les Associations et ONG, les centres de formations (partout en France, comme à Chambéry, Cergy, Troyes, Compiègne...et même Paris et Versailles)... Cet écosystème est robuste. En 2003, la Commission européenne a reconnu la pratique dans l'une de ses communications en affirmant que c'est "la meilleure façon d'évaluer l'impact environnemental des produits" et la recommande par l'intermédiaire de nombreuses DG (Environnement, Recherche avec ses PCR, Industrie, Marchés...), et plus récemment les travaux du "Grenelle Environnement" en ont fait la promotion au travers de l'affichage environnemental pour les produits de grande consommation. Depuis plus de 15 ans, l'ADEME et le Ministère de l'Ecologie en recommandent aussi la pratique, accordent des budgets pour l'aider, et mettent à disposition des outils et bases de données. De nombreux grands groupes industriels, dans l'ensemble des secteurs, possèdent des collaborateurs qui pratiquent. La distribution s'en est maintenant emparée au travers de l'affichage environnemental qu'ils proposent aux consommateurs... Solinnen propose maintenant de rendre capables les PME d'acquérir cette compétence.

Malgré cette généralisation, qui demande d'ailleurs encore à être mieux connue du grand public, le praticien d'ACV doit rester modeste. De nombreuses questions environnementales doivent être abordées par des méthodologies complémentaires, parallèles ou compatibles. Par exemple, la dimension locale fine n'est pas couverte par les ACV qui sont plus globales, les aspects non quantifiés (qualitatifs) ou non linéairement sommables (valeurs quantitatives intensives, comme par exemple le bruit) ne sont pas traités directement par les ACV qui se limitent aux grandeurs extensives (i.e. dont la somme a un sens). La méthode est en constante évolution : la norme ISO 14040, synthèse consensuelle des bonnes pratiques internationales en matière de bilans environnementaux, date de 1997. Après quelques années de pratique, elle a été révisée pour être publiée dans une nouvelle version en 2006. Elle sera révisée à nouveau bientôt, par exemple pour intégrer au mieux les aspects conséquentiels (étude des conséquences des décisions) et les bilans marginaux (notion de bilans correspondant à un incrément de consommation)... Enfin, l'investisseur (et plus généralement le décideur) se fondera sur des informations complémentaires à celles issues des interprétations des résultats des ACV, comme par exemple sa perception du marché et des attentes des clients, ses capacités d'investissement... le choix final sera le résultat d'une décision multicritères, dont l'impact environnemental ne sera pas l'optimum de l'ACV... mais l'aura prise en compte au même titre que les autres éléments clefs de décision.

Le futur : une vision d'avenir qui n'est pas une conclusion !

L'ACV est devenue un "classique" du mode de pensée environnemental et sert de base notamment en politique. Les journalistes commencent à y être formés... De ce fait, les ingénieurs et élèves issus d'écoles de commerce, les architectes... et les BTS devront bientôt tous y être formés de façon significative comme ils le sont à beaucoup d'autres sujets plus complexes. Il faut aussi que leurs professeurs le soient ! Il est clair que les entreprises doivent maintenant investir dans la formation générale d'une grande partie de leurs collaborateurs ainsi que dans l'internalisation de compétences techniques approfondies. Ces investissements leur permettront de pratiquer l'ACV selon leurs besoins, qui vont aller en augmentant. Le montant de ces investissements est faible en comparaison des bénéfices financiers qui apparaissent quand un investissement pertinent porte ses fruits, et quand un produit conserve ou gagne, par ses innovations environnementales, un marché... tout ceci en réduisant les impacts environnementaux globaux dont est responsable l'entreprise, et en assurant sa survie dans un monde où les coûts d'achat des ressources seront dorénavant en constante augmentation (en absolu, et en relatif du prix de vente) du fait de leur raréfaction. La pratique des ACV est la méthode qui permet de répondre aux enjeux financiers et environnementaux d'aujourd'hui, et de demain.

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